La carte de France de(s) Cassini au XVIIIème siècle

Giovanni domenico cassini 2 sized     220px jacques cassini     Cesar francois cassini jean marc nattier     220px jean dominique cassini 1748 age v08 1801

La carte de Cassini ou carte de l'Académie, est la première carte générale et particulière du Royaume de France. Il serait plus approprié de parler de carte des Cassini, car elle fut dressée par la famille Cassini.

L'histoire commence avec Giovanni Domenico Cassini, 1625/1712, né à Perinaldo (Italie) alors comté de Nice, fut attiré en France par Colbert en 1669 puis naturalisé français en 1673. L’astronome, membre de l’Académie des sciences, devient à partir de 1671 le premier directeur de l’Observatoire de Paris. Jean Dominique Cassini, Cassini 1er,et sa descendance, laissera à la France un legs cartographique : les cartes dites « de Cassini ».

Jacques Cassini, Cassini II, 1677/1756, poursuit l’œuvre de son père. Il devient l’ami de Newton et Halley. Il travaille notamment sur l’établissement de la méridienne de France.

Son fils, César François Cassini, Cassini III ou Cassini de Thury, 1714/1784, reprend le flambeau familial et prend ainsi en charge l’Observatoire et l’établissement de la carte de France. Il effectuera les levées entre 1756 et 1789.

Son fils Jean Dominique Cassini, Cassini IV ou le comte de Cassini, fut chargé de terminer la carte et les 181 feuilles la composant seront publiées entre 1756 et 1815.

Cette carte est pour l'époque une véritable innovation et une avancée technique décisive. Elle est la première à s'appuyer sur une triangulation géodésique dont l'établissement prit plus de cinquante ans. Les quatre générations de Cassini se succédèrent pour mener à bien ce travail.

La carte ne localise pas précisément les habitations ou les limites des marais et forêts, mais le niveau de précision du réseau routier ancien est tel qu'en superposant des photos satellite ortho rectifiées aux feuilles de la carte de la France, on obtient de spectaculaires résultats.

Le travail des Cassini laissa même son empreinte sur le terrain où l'on trouve encore aujourd'hui des toponymes dits « Signal de Cassini », qui révèlent les lieux où s'effectuèrent les mesures de l'époque. Ces points de repères correspondent aux sommets des mille triangles qui formaient la trame de la carte de Cassini.

De nos jours, les chercheurs consultent fréquemment les feuilles de la carte des Cassini. Elle intéresse tout particulièrement les archéologues, les historiens, les géographes, les généalogistes, les chasseurs de trésors et les écologues qui ont besoin de faire de l'écologie rétrospective ou de comprendre l'histoire du paysage.

La Carte est constituée d’un ensemble de 181 feuilles dont 154 au format papier de 104cm sur 73cm et 26 (celles du pourtour) de format variable et plus réduit.

Chaque feuille rectangulaire couvre 40 000 toises sur 25 000 (une toise pour 1,94 904 mètres et une ligne pour 100 toises soit 80 kilomètres sur 50 environ) à l’échelle du 1/86 400e. Aux quatre coins sont portées les distances en toises à la méridienne de Paris et à sa perpendiculaire, informations qui ont permis de mettre en correspondance les feuilles et la Carte IGN actuelle. Fondée sur une triangulation générale, cette carte géométrique repose sur le positionnement de quelque 300 points par feuille, par la méthode de la triangulation secondaire qui poursuit la triangulation générale. Ce procédé de levées commande d’effectuer les visées à partir des points élevés du paysage, les clochers, les tours, les points haut de collines … ; leurs coordonnées sont donc précisément calculées. Le tracé des routes et des rivières est en revanche dessiné, et le relief esquissé.

France

La carte de Cassini est la première grande enquête toponymique au plan national. Les formes des toponymes proviennent des usages locaux. En effet, les ingénieurs ont reçu pour mission de travailler, pour leur collecte, avec les habitants (le plus souvent, les curés et les seigneurs) des lieux cartographiés. Et, chose précieuse pour les historiens, un même lieu est parfois désigné selon ses différentes appellations de l’époque.

Matérialisé par un découpage en rectangles réguliers, l’esprit géométrique de la Carte de France est aussi celui des ingénieurs des Ponts et Chaussées qui tracent des routes rectilignes, comme celui qui préside aux projets de réforme des circonscriptions administratives, réactivés par la Révolution.

Le 4 août 1789, les pays d’États renoncent à leurs privilèges et, le 29 septembre, le député Thouret, au nom du Comité de Constitution, préconise un découpage en circonscriptions d’égale étendue. Les travaux qui suivent et qui aboutissent à la création des départements s’appuient sur la Carte de Cassini récemment achevée et la Société de la Carte de France encourage la publication des nouvelles divisions sur les feuilles.

Mais, c’est une entreprise concurrente, celle de l’Atlas national de Dumez et Chanlaire publié à partir de 1790 qui, dans une édition grand format au 1/86 400e, réalisa l’instrument le plus attractif sur la base de la Carte de Cassini considérée alors comme «propriété de la Nation».

 

 

Date de dernière mise à jour : 07/03/2017