
Petite station balnéaire située sur la falaise entre deux valleuses, Petites-Dalles et Grandes-Dalles, et deux plages bordées par la Manche, devenue célèbre en accueillant dans son château durant l'été
1875 l'Impératrice d'Autriche, Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach dite Sissi (1837/1898) et sa fille ainsi que, chaque été jusqu'en 1914, Adrien Albert Marie de Mun (1841/1914).
Situé à une quinzaine de kilomètres à l'Est de Fécamp, ce village est entouré des communes de : Saint-Pierre-en-Port, Saint-Martin-aux-Buneaux, Vinnemerville, Criquetot-le-Mauconduit, Theuville-aux-Maillots, Angerville-la-Martel, Ancretteville-sur-Mer.
Héraldique
Les armes de la commune se blasonnent ainsi : D'or au fer de moulin en forme de croisette ancrée, cantonné de quatre croisettes du même ; au chef d'azur chargé de deux ancres d'or.
Toponymie
Le nom est attesté sous les formes Sassetot vers 1240, Ecclesiam de Saxetot en 1262, Eglise de Saxetot en 1307, Sassetot sur la mer en 1319, Saxetot la maucondit en 1400 et 1402, Sassetot sus la Mer en 1433, Sassetot le Mauconduit en 1588.
Sassetot est d'origine scandinave : topt ou toft = emplacement, ferme et Saxi = nom d'homme scandinave attesté fréquemment en Normandie.
Mauconduit est le patronyme des seigneurs qui possédent le territoire durant la première moitié du XIIIème siècle.
Histoire
Juin 1940, le généralfeldmarschall Erwin Rommel (1891/1944), à la tête de la 7e division de panzers, atteint la Manche aux Petites-Dalles, fermant ainsi aux troupes françaises et anglaises la route vers Le Havre et Fécamp.
Le garde-champêtre Charles Déportes arrête un motocycliste de l'armée allemande et le conduit à la mairie. Il est relâché par le maire. L'homme revient avec des soldats de son unité. Ils font regrouper les hommes du village. Quatre sont désignés par le motocycliste : Charles Déportes né en 1869, Germain Blondel né en 1903, Édouard Avenel né en 1880 et Jean Hervieu né en 1865. Ils sont fusillés sur place, par une exécution sommaire, en représailles. Le nom d'une rue rappelle cet événement.
1944, Le capitaine de marine marchande Joseph Heuzé, habitant des Petites-Dalles, résistant participant à un réseau d'évacuation de juifs vers l'Angleterre est arrêté par l'armée allemande qui ne peut obtenir d'informations de sa part malgré l'arrestation de son frère, quelques mois plus tôt. Le peu d'informations sensibles leur restent inaccessibles car notées sous forme codée dans son missel qu'il abandonne au moment de son arrestation. Il est déporté à Mathausen où il meurt quelques mois plus tard, gazé dans le cadre du programme d'inaptitude aux travaux forcés à la suite d'une infection. Son nom est donné à la rue principale des Petites-Dalles.
En février 2021, un engin explosif, une bombe de 150 kilos, est découvert dans un trou d’eau, à marée basse, sur l’estran de la plage des Grandes-Dalles. Lobus passé inaperçu pendant des décennies est sans doute arrivé là il y a plus de 70 ans, largué par les alliés ou les Allemands, quand la guerre ravage le littoral. Un pêcheur à pied, plus attentif que les autres promeneurs, le découvre Il est neutralisée en mai 2021 par des démineurs qui le font exploser au large. Près de 200 personnes demeurant aux Petites et aux Grandes-Dalles, se calfeutrent pendant l’opération.
Les seigneurs et gens de la noblesse
Les premiers seigneurs de Sassetot connus sont la Famille d’Harcourt, dont l'ascension remonte à une époque indéterminée, antérieure à 1172.
Dans la première moitié du XIIIème siècle, la terre est concédée en sous-fief à la Famille de Mauconduit, qui laisse son nom au bourg. Pendant le temps de cette concession, la suzeraineté du fief passe à la Famille d'Estouteville.
Luce d'Harcourt née en 1255, fille du chevalier croisé le baron Jean Ier d'Harcourt dit le Prudhomme (1215/1288) et d'Alix de Beaumont (1220/1275), épouse en 1295 Nicolas Jean de Hautot (1250/1325). Elle reçoit en dot la terre de Sassetot.
En 1292, la Famille Mauconduit, vassal de la Famille d’Harcourt est convoqués à l'Ost (l'armée féodale). Sans postérité, cette branche de la Famille de Hautot s’éteint au cours du XIVème siècle.
En 1311, Marguerite de Hautot (1268/1330), sœur et belle-sœur des précédents, épouse le chevalier croisé Robert d'Estouteville (1268/1334). A la génération suivante, les fiefs de Jean de Hautot et ceux de son épouse à Sassetot sont réunis sur la tête des descendants d’Estouteville.
La Famille de Mauconduit devient alors vassal de la Famille d’Estouteville et seigneurs directs de Sassetot durant un siècle et demi.
Michel de Mauconduit fonde la chapelle ou maladrerie de Bruquedalle.
Dès 1401, la seigneurie de Sassetot est détenue par la Famille de Saint-Maards, qui tient également le vicomté de Blosseville. Le suzerain est toujours un d’Estouteville, sire de Valmont, baron de Hautot et Berneval.
La Maison de Saint-Maards, comme ses prédécesseurs, tient Sassetot comme seigneurie secondaire, Blosseville étant son principal établissement féodal, pendant un siècle, et s'éteint par Guillaume de Saint-Maards au milieu du XVIème siècle. Mais à la différence de la Famille de Mauconduit, la Famille Saint-Maards ne laissent au pays aucun souvenir.
A la fin du XVème siècle, après le décès de Michel d'Estouteville (1430/1469) et le remariage de sa veuve, un partage des biens intervient mais n'entraîne aucune conséquence pour Sassetot qui reste dans le patrimoine de Jacques d'Estouteville (1448/1489), époux de Louise d'Albret (+1494), comme dépendance de Hautot et de Berneval.
Les possessions des deux branches d’Estouteville se réunissent en 1509, par le mariage des deux cousins (héritiers respectifs) Jean III d'Estouteville (1482/1517), fils des précédents, et Jacqueline d'Estouteville (°1485), fille de Guyon d'Estouteville (1450/1505) et d'Isabelle de Croy (°1455), pour se concentrer sur la tête de leur fille d'Adrienne d'Estouteville (1512/1560), unique héritière. En 1534, les terres de la maison d'Estouteville sont érigées en duché au bénéfice de cette dernière, une des plus riches héritières du royaume, et de son époux, François Ier de Bourbon (1491/1545, portrait de gauche) comte de Saint-Pol et de Chaumont, prince du sang et cousin du roi François 1er (1494/1547).
La seigneurie est vendue à Louis du Moncel en 1598 par Marie de Bourbon (1539/1601, portrait de droite), duchesse de Longueville, dame de Saint-Pol et d'Estouteville, veuve de son 3ème époux Leonor d'Orléans (1540/1573). C'est en sa faveur que le roi Henri IV (1553/1610) érige la terre de Sassetot en plein fief de Moncel-Sassetot.
La Famille du Moncel fonde l'école qui porte son nom, en remplacement de la maladrerie de Briquedalles en 1725.
Marie du Moncel (1641/1668) épouse en 1655, Robert Bigot (1634/1692) baron de Monville, avocat au Parlement de Rouen en 1652, conseiller aux requêtes en 1654. La Famille Bigot, grande famille de parlementaires de la Haute-Normandie, conserve la seigneurie jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
Jean Robert Bigot (1724/1790) époux de Françoise Duhamel de Melmont, est seigneur de Saint-Martin-aux-Buneaux, Vinnemerville et Sassetôt vers 1772. Il fait construire le château.
Françoise Louise Bigot (1757/1811), fille du précédent, épouse en 1774 Charles Gabriel Deshommets (1739/1800) marquis de Martainville, maître de camp de la Cavalerie, chevalier de l’Ordre de Saint Louis. Adrien Charles Deshommets (1783/1847), marquis de Martainville, fils des précédents, meurt au château de Sassetot-le-Mauconduit (voir § Personnages liés à la commune). Le château est légué à son neveu Paul Adrien Simon des Champs de Boishebert (1812/1862) qui le lègue ensuite à son fils unique Jean Joseph Marie Paul des Champs de Boishébert (1849/1917). Ce dernier, très joueur, fréquente les cercles de jeux de Paris et vend par morceaux les 3000 ha de la propriété. Ruiné, il vend le château avec ce qui reste de terre, soit 80 ha, à Albert Perquer dont la fille Anne Perquet (1880/1946) épouse en 1899 le comte Henri Stanislas de Mun (1875/1970) fils d'Adrien Albert Marie de Mun (1841/1914, voir § suivant).
Personnages liés à la commune
Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach (1837/1898, portrait de gauche), surnommée Sissi, duchesse de Bavière puis impératrice d'Autriche et reine de Hongrie par son mariage avec François Joseph Ier (1830/1916, portrait de droite).

Mariée en 1854 à l'âge de 16 ans, elle refuse régulièrement de se plier aux usages de la monarchie, provoquant un conflit durable avec sa belle-mère, l'archiduchesse Frédérique Sophie Dorothée Wilhelmine de Wittelsbach (1805/1872), duchesse de Bavière puis archiduchesse d'Autriche, princesse de Bohème et de Hongrie. Ne pouvant s'adapter à la vie de la cour de Vienne, Elisabeth passe une grande partie de son existence à voyager. Elle perd deux enfants de son vivant, ainsi que des membres de sa famille, parfois de façon tragique. Elle est en partie à l'origine du compromis austro-hongrois de 1867. Elle séjourne au château de Sassetot-le-Mauconduit durant l'été 1875. Elle se baigne aux Petites Dalles et parcourt à cheval la campagne environnante du Pays de Caux.
Au cours des années, les morts successives de sa fille aînée Sophie Frédérique Dorothée Marie Josèphe d'Autriche (1855/1857), de son beau-frère l'empereur du Mexique Ferdinand Maximilien de Habsbourg-Lorraine (1832/1867), de son cousin le roi Louis Othon Frédéric Guillaume de Wittelsbach ou Louis II de Bavière (1845/1886) retrouvé noyé dans le lac de Starnber, celle prématurée de Maximilien Antoine Lamoral, prince héritier de Thurn und Taxis (1831/1867) époux de sa soeur Hélène de Bavière (1834/1890), de son père le duc Maximilien Joseph (1808/1888), de sa mère la duchesse Marie Ludovica Wilhelmine von Bayern (1808/1892), de son ami le comte Gyula Andrássy de Csik-Szentkirály et Krasznahorka (1823/1890), de sa sœur la duchesse de Bavière et d'Alençon Sophie Charlotte de Wittelsbach (1847/1897) brûlée vive lors du Bazar de la Charité à Paris, la folie dont est atteinte sa belle-sœur Charlotte de Belgique (1840/1927) qui dure 60 ans, mais surtout la mort à Mayerling restée mystérieuse et entourée d'une atmosphère de scandale de son fils unique l'archiduc Rodolphe François Charles Joseph de Habsbourg-Lorraine (1858/1889) plongent Élisabeth dans une douleur et une mélancolie indescriptibles. Détruite psychologiquement par la mort de son seul fils, elle reste à jamais choquée.
Son assassinat, en 1898, fait la manchette en Europe, car elle jouit d'une bonne réputation sur le continent à cause de sa beauté et des tragédies qui ont marqué sa vie.
Régulièrement peinte de son vivant, sa vie inspire des romans et des films. Le film Sissi, impératrice d'Ernst Marischka révèle l'actrice Rosemarie Magdalena Albach dite Romy Schneider (1938/1982).
Adrien Charles Deshommets (1783/1847) marquis de Martainville, gentilhomme de la Chambre du roi sous la Restauration, maire de Rouen, président du Conseil Général de Seine-Inférieure et député de l'arrondissement d'Yvetot de 1824 à 1828, époux en 1815 de Marie Belhomme de Glatigny, est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1821 (voir § Les seigneurs et gens de la noblesse)..
Adrien Albert Marie de Mun (1841/1914, photo de gauche), comte, député français et théoricien du corporatisme chrétien, il siège à l’extrême-droite, adversaire du libéralisme comme du socialisme, il défend nombre de réformes sociales dans un esprit inspiré du corporatisme d’Ancien Régime. Anti-dreyfusard, il fonde l’Action Libérale Populaire après la victoire du Bloc des Gauches en 1902. Il s’oppose de façon virulente à la loi de séparation des Églises et de l’État, puis défend le réarmement de la France.
Il séjourne de nombreuses fois au château, propriété de son fils Henri Stanislas de Mun (voir § précédent).
Jean Léopold Nicolas Frédéric Cuvier dit Georges (1769/1832, portrait de droite), anatomiste français, promoteur de l'anatomie comparée et de la paléontologie au XIXème siècle, a demeuré 7 ans en Normandie de 1788 à 1794 où il réalise d’intéressantes observations, prélude d’un renouveau décisif dans l’étude des sciences naturelles. C'est au Grandes Dalles qu'il étudie les fossiles retrouvés dans la craie des falaises.
Jules Verne (1828/1905, portrait de gauche) écrivain, et son fils Michel Jean Pierre Verne (1861/1925, portrait de droite) écrivain et cinéaste.
Jules Verne : bien qu'il ait d'abord écrit des pièces de théâtre, il ne rencontre le succès qu'en 1863 lorsque paraît, chez l'éditeur Pierre Jules Hetzel (1814/1886), son premier roman, Cinq Semaines en ballon.
Michel Verne : En raison de son comportement rebelle, il est envoyé par son père à la Colonie Pénitentiaire de Mettray, près de Tours, en 1876. Il réagit très mal à l'enfermement et a des crises proches de la démence. Après 6 mois, Jules Verne le retire de Mettray pour le placer en internat à Nantes, où réside la famille paternelle. Embarqué de force pour un voyage aux Indes de 18 mois jusqu'à l'été 1879, il est mis à la porte par son père en décembre de la même année. Agé de 19 ans, il provoque un scandale en s'enfuyant avec une actrice du théâtre municipal d’Amiens, Clémence Thérèse Taton. Il part alors pour Nîmes où il accumule les dettes. Son père lui évite un duel et lui impose de se marier en mars 1884. Il abandonne sa femme en novembre de la même année et s'enfuit avec Jeanne Reboul, une jeune pianiste de 18 ans, qui est enceinte de lui. C'est la rupture avec sa famille. Sa femme obtient le divorce 5 ans plus tard. Deux enfants naissent, il épouse Jeanne Reboul en 1890 et un autre enfant nait ensuite. La famille a l'habitude de passer ses vacances aux Petites-Dalles. Il y reçoit son père et sa mère en 1890, occasion de la réconciliation. Jules Verne y séjourne de nouveau en 1899 et y termine son roman Bourses de voyage, publié en 1903.
De nombreux autres personnages défilent aux Petites-Dalles,
des peintres : Eugène Delacroix (1798/1863), Eugène Boudin (1824/1898), Camille Pissarro (1830/1903), Claude Monet (1840/1926), Berthe Morisot (1841/1895), Henri Bellery-Desfontaines (1867/1909),
des écrivains : Ernest Daudet (1837/1921), Alphonse Daudet (1840/1897), Hector Malot (1830/1907), Henri Opper de Blowitz (1825/1903), Georges Perec (1936/1982),
des comédiens : Maryse Mourer dite Martine Carol (1920/1967), Sarah Bernhardt (1844/1923), Brad Pitt (1963/-) à l'occasion du tournage d'une publicité,
des hommes d’Etat : Henri Poincaré (1854/1912), l'impératrice Élisabeth d'Autriche dite Sissi (1837/1898),
ou encore : Louis Leprince-Ringuet (1901/2000) physicien ; Jean Loup Sieff (1933/2000) photographe ; Gustave Eiffel (1832/1923) ingénieur ; Jean Philippe Lauer (1902/2001) égyptologue…
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