Pargnan

 

Pargnan 02 adm

 

Pargnan 02 geoVillage troglodyte et corniche à la fois, avec d'un côté des maisons édifiées à même la falaise qui pénètrent en partie dans la roche calcaire de la montagne et, de l'autre des maisons qui dominent un ravin abrupt menant à la vallée de l'Aisne.
Des grottes, d'où la pierre est extraite jusqu'au XIXème siècle, servent de refuges pendant les guerres et forment des logements troglodyliques encore occupés.

 Hydrographie 

La rivière L'Aisne et le ruisseau Saint-Pierre sont les principaux cours d'eau qui traversent la commune.

Drapeau francais fond blanc Histoire 

Les vestiges préhistoriques mis en évidence lors des fouilles archéologiques témoignent d’une occupation ancienne du site qui a dû voir passer les huit légions de Jules César traversant l’Aisne, depuis Berry-au-Bac, en passant par Pontavaire jusqu'à Ully et Sermoises, alliées aux Rèmes pour batailler contre les peuples de la Gaule belgique, notamment les Suessions, qui résistent encore et qui sont vaincues en 
En 850, les seigneuries de Pargnan, Oeuilly et Molinchard sont une possession de l'abbaye royale Notre-Dame de Soissons.
En 1147, l'abbaye transporte par acensement aux habitants d’Œuilly et Pargnan la haute et basse justice, fours et pressoirs banaux, cens et revenus en blés, avoine, vinage et revenus des prés ainsi que tout son domaine moyennant un surcens annuel perpétuel. 
La première trace écrite, citée par Matton dans son dictionnaire topographique, indique la présence en 1213 d’une léproserie dépendant du Chapitre de l’Hôtel-Dieu de Laon.
Louis vi le gros 943 395 188 g30En 1231, Pargnan et Oeuilly demandent à être rattachées à la commune royale fédérative de Cerny-en-Laonnois, avec Comin intégrée depuis 1181. La juridiction des communes a pour principal adversaire en Laonnois les seigneuries ecclésiastiques dont elle amoindrit l'autorité et porte atteinte aux droits. Mon ancêtre, le roi Louis VI dit Le Gros (1108/1137) comme les rois Philippe II dit Auguste (1165/1223) ou encore Louis IX dit Saint Louis (1226/1270) pour leur part cherchent à limiter les prétentions des baronnies féodales ou à ménager des susceptibilités religieuses. Tour à tour ils accordent, confirment ou annulent les chartes communales. Voyant Pargnan échapper à sa suzeraineté, la duché-pairie de Laon négocie avec succès, le retour de Pargnan dans son giron.
Les habitants de Pargnan trouvent refuge dans les carrières tout au long de leur histoire : durant les invasions danoises et normandes des VIIIème et IXème siècles, celles des Teutons et Espagnols du Saint Empire Germanique, des Anglais en 1359 et 1420 ; durant les guerres entre Armagnacs et Bourguignons, celles d'Italie, puis de relignion aux XVème et XVIème siècle, 
En 1760, si les familles nobles et bourgeoises habitent des maisons, les vignerons et manouvriers sont plus nombreux encore à habiter les creutes.
En 1870, le village est occupé lors de la Guerre Franco-Prussienne.
En 1884, Pargnan compte 17 hongres, 7 juments, 16 ânes et 12 ânesses, 27 vaches, 22 chèvres et 35 porcs, de quoi nourrir, en cas de guerre, une population de 68 ménages et ses 200 habitants.
Durant la guerre de 1914-1918, Pargnan, comme Glennes ou Maizy, est un cantonnement de rafraichissement des bataillons et des régiments qui se succèdent sur la ligne de front installée sur le Chemin des Dames (*). Le village en garde des traces : à l'Ouest avec la caverne de la Chaouïa occupée par des régiments coloniaux ou dans la champignonnière de Pargnan, ou encore une inscription sur une maison de Pargnan portant la marque des gens de Bigorre, du Béarn ou de Navarre dont les régiments combattent durant deux ans au Chemin des Dames.
Le 5 juin 1917, une mutinerie éclate dans les creutes (voir § suivant).
Le village est sérieusement endommagé mais pas détruit par les combats.

Le 7 juin 1917,  une mutinerie éclate dans les creutes de Pargnan
L’accumulation des douleurs physiques et morales des combattants au printemps 1917 est telle que les actes d’indiscipline ou de désertions individuelles se multiplient dans de nombreux régiments français. Au début du mois de mai, le régiment, qui n’a pas participé à l’offensive du 16 avril, est dirigé du Sud de Saint-Quentin vers le Chemin des Dames. Il doit prendre positon entre Vassogne et Hurtebise. Dès cet ordre communiqué à la troupe, plusieurs cas de désertions sont relevés. Ces cas de désertions sont autant de refus individuels qui attestent une crise profonde au sein de régiments épuisés. Le phénomène s'accentue après les combats particulièrement meurtriers des jours suivants.
Le 75ème RI est déployé sur l’éperon situé autour du monument d’Hurtebise, le 20 mai alors qu’il tient la tranchée Fichou, le régiment essuie une vigoureuse attaque allemande devant laquelle il recule, seuls 10 hommes en reviennent. Terrés dans les tranchées à l’aplomb de la Caverne du Dragon, les hommes sont attaqués de partout. Plusieurs entrées permettent aux Allemands de pénétrer et de sortir de la creute et de prendre à partie les Français dans leur ligne. Ce même jour, à proximité de la ferme d’Hurtebise, Henri Reynet de la 5ème Compagnie est accusé d’abandon de poste. Alors qu’il est de corvée d’eau, il est surpris par la violence du bombardement allemand. Il raconte plus tard avoir perdu la tête et marché jusque Fismes, puis avoir pris le train des permissionnaires pour rentrer chez lui à Vals-les-Bains, en Ardèche. En 10 jours, le régiment perd 20% de son effectif, avec 310 morts, blessés et disparus dont 20 officiers, selon l’officier rapporteur du journal de marche, qui indique cependant que la réalité doit dépasser ce chiffre.
Les creutes, lieux propices à l’isolement, permettent aux hommes de discuter et parfois de contester. Le 75ème RI est mis à la disposition du commandant de la Division pour des travaux d’aménagement en retrait du Chemin des Dames. Epuisé et touché par de très lourdes pertes après les combats de la fin mai, le régiment trouve un repos précaire à seulement quelques kilomètres du front : un bataillon loge à Pargnan, un bataillon aux creutes de l’Yser, un autre aux creutes de Champagne, le PC à la ferme de Bellevue. Le 5 juin, des territoriaux du 24ème RIT viennent combler les pertes du 75ème et plusieurs officiers font également leur arrivée. Le lieutenant-colonel Pierlot, qui perçoit la baisse du moral des hommes, tente de rendre plus agréable ce repos en organisant une petite fête avec les musiciens du 8ème RIT. Le 7 juin, le concert tourne très vite à la contestation et les musiciens sont chahutés et traités d’embusqués. Vers 16h, l’ordre est donné de se préparer pour remonter aux tranchées à 22h. Le point de ralliement est fixé sur la route de Cuissy-et-Gény.
Vers 21h, plusieurs discussions prennent une tournure revendicative : les hommes veulent un repos prolongé et le droit de partir en permission.
Le bruit court que le second bataillon ne va pas remonter aux tranchées. Dans la creute du milieu, qui communique avec les deux autres, l’agitation se fait de plus en plus vive entre les hommes. S’ensuit un enchaînement de faits qui amène les fantassins à manifester clairement leur refus de rassembler leurs affaires et de se diriger vers le point de ralliement. Plusieurs se postent à l’entrée des abris, certains munis de pistolets automatiques, afin d’empêcher toute sortie. A l’intérieur, les bougies sont soufflées et l’on attend la venue des officiers. Le caporal Fontès s’emploie à raisonner les hommes mais les lumières se sont éteintes, le vacarme a commencé, je n’ai pu distinguer personne. Dans son rapport, le sergent-fourrier Glaizes, qui parle dès le lendemain d’esprit de mutinerie, invoque l’obscurité, facteur qui, selon lui, empêche le retour à l’ordre. Le lieutenant-colonel Pierlot pénètre lui-même dans la creute muni de sa lampe de poche, vers 23h mais ses  exhortations sont sans effets. Vers 2h du matin, le calme revient dans les creutes et les hommes prennent finalement le chemin de la relève.
Le lendemain, 9 soldats sont arrêtés, une vingtaine d’autres le sont ensuite, ramenés des tranchées et conduits à la prison du quartier général de la Division à Oeuilly, 12 passent en Conseil de Guerre dès le 10 juin : les caporaux Albert Truton, Joseph Mathais, François Boyer, les soldats Fernand Leblanc, Edouard Blanc, Lucien Villain, et Maurice Pommey, le caporal Robert Martin, les soldats Sylvain Bœuf, Clément Duchêne, Gabriel Dedieu et Elie Saurel. L’enquête s’attache en priorité à identifier les meneurs qui se sont portés à la tête de la contestation et qui devront être impitoyablement frappés selon le colonel Husband, commandant l’infanterie divisionnaire.

 

Pargnan aisne vue panoramique marquee

 

Le caporal Albert Truton (photo de gauche, avec son épouse et sa fille)
Plusieurs témoins le désignent comme l’un des meneurs figurant parmi les gardiens de l’entrée de la grande creute. A la différence des autres accusés qui s’accordent pour minimiser les faits qui leur sont reprochés en faisant valoir un phénomène d’entraînement mutuel, Il nie toute participation à l’agitation et déclare avoir dormi au moment des faits.
Pargnan aisne albert trutonIncorporé en 1914, blessé par un éclat d’obus en 1916 dans le secteur de Verdun, il est cité à l’Ordre du Régiment comme un bon gradé courageux. Il est marié et père d’un enfant ; cependant, ni sa situation de famille ni ses états de service ne suffisent à infléchir le jugement du Conseil de Guerre qui le condamne à la peine capitale pour refus d’obéissance étant commandé pour marcher contre l’ennemi.
Cinq des accusés sont condamnés à 20 ans de travaux forcés, les autres à des peines de prison. Le 15 juin, le conseil de révision rejette sa demande de recours et le général Maistre demande l’exécution. Poincaré rejette la grâce le 16 juin.
Les mutineries de 1917, qui concernent entre 30 000 et 40 000 hommes sont suivies de 26 exécutions pour des faits collectifs et de 31 exécutions pour des faits individuels auxquelles s’ajoutent plusieurs dizaines de condamnations à des peines de prison et de travaux forcés. Les acteurs de la mutinerie de Pargnan n’imaginent pas se retrouver devant un peloton d’exécution, à en croire Albert Truton dans une lettre à son épouse : Je pense être aquitté mais je sui cassée de caporal et de grande chance que nous allons être changé de régiment [...] Enfin cher petite femme ne te fait pas de mauvais sang, ce nempeche pas de avoire ma permission car ces un droit quand mon tour sera aPargnan aisne albert truton tombe a cerny en laonnoisrrivé je partirai comme les autres, mes si tu savais cher femme que je pleure car mois qui a jamais été punis jent ai gros sur le cœur » (orthographe originale).
Pour réparation du crime commis, l’exécution d’Albert Truton a lieu à Pargnan, là-même où s’est déroulée la mutinerie. Le passage par les armes se déroule dans un large champ, en contrebas du village, le condamné, attaché à un poteau, face aux compagnies désignées pour assister à la fusillade, dans lequel un peloton d’exécution est formé. Le décès du caporal est constaté à 4h du matin. Une fosseest creusée non loin du poteau d’exécution.
Aujourd’hui, sa dépouille se trouve dans la nécropole française de Cerny-en-Laonnois. La croix d’Albert Truton porte la mention Mort pour la France mais le terme exact ne serait-il pas Mort par la France ?...
A la grande boucherie de 1914-1918 s’est ajoutée la barbarie des tribunaux militaires. Des soldats sont  fusillés pour l’exemple, exécutés par leur propre pays.

Seigneurs et gens de noblesse 

La Famille de Crécy, qui tient son nom d’un village qui lui est donné en fief, issue d’une branche cadette de l’ancienne famille de Saulx, est originaire de Picardie en la personne de Simon de Crécy qui se croise et meurt en Palestine en 1333.
En1660, Pierre de Crécy est seigneur de Pargnan et Bligny.
Vers 1670, Pierre Maynon, achète la seigneurue qu'il légue en 1679 à Claude Maynon, son frère.
De 1685 à 1692, François de Crécy-Cerny (+1651), épouse en 1627, Elizabeth de Hédouville (1608/1687).

Louise de Crécy, fille des précédents, épouse Louis de Guiscelinhomme d'église d'abord, abbé d'Orbais en 1678, se démet, embrasse le métier des armes, et pr
end du service en Allemagne où il commande une compagnie de 100 hommes.
Ce mariage fait
 passer la seigneurie dans la Famille de Guiscelin en 1750 qui la conserve jusqu'à la Révolution Française.  

 Chroniques communales 

Les creutes
Ces carrières des plateaux calcaires du Soissonnais et du Laonnois sont exploitées dès le Moyen-âge pour leur pierre. A partir du XIXème siècle, la reconstruction des maisons de torchis en pierre est encouragée pour limiter les incendies.
Pargnan 02 creute interieur logement officier 1Capture d ecran 581Pour les habitants locaux, les creutes font référence aux grottes habitées par les ancêtres. C’est une habitation troglodyte construite à la sortie d’une petite carrière.
Durant la Première Guerre Mondiale, les poilus et les soldats allemands utilisent ces carrières comme abris. Elles deviennent des lieux de cantonnement pour des régiments entiers. Les soldats y aménagent des dortoirs, des infirmeries, des cuisines, des chapelles souterraines, des postes de commandement… et parfois des installations électriques et téléphoniques. Les logements des officiers (photo de gauche), en pierres de taille et proches des entrées, entérinent la connotation troglodytique.  Les alentours sont également structurés pour surveiller les entrées et relier les tranchées. Les conditions d’hygiène dues à l’humidité et à la surpopulation, y sont déplorables.
Des œuvres artistiques sont réalisées sur les parois intérieures, sculptures, graffitis (photo de droite)
Le terme de creutes est aujourd’hui associé à l’histoire militaire de la Première Guerre Mondiale et désignent ces carrières souterraines qui jalonnent le Chemin des Dames.

Le petit vin blanc de Pargnan
Les vins du Laonnois rivalisent avec ceux de Bourgogne ou de Gironde et sont servis à la table des rois de Philippe II dit Auguste à Philippe IV dit le Bel (1248/1314).
Les vins de Cuissy et de Pargnan sont fournis à grand débit et acheminés vers la Flandre et le Hainaut, pays avec lesquels les échanges sont constants et réguliers depuis les temps carolingiens.
Le terroir de Pargnan jouxte celui de l’abbaye de Cuissy fondée en 1117, et profite du savoir-faire des religieux. Le chroniqueur axois, Edouard Fleury, écrit dans son livre sur les vignobles et les vins du Laonnois des années 1850  ... Pargnan fabriquait un vin admirable de ton, de parfum et de coloration aussi ambrée que les vins blancs de Gironde..." il regrette alors la disparition de ce vignoble depuis plus de 20 ans devant l'inconstance de nos printemps et leurs gelées tardives, devant les ravages du hanneton qui détruit tous les jeunes plants. Sur les vins rouges, moins prisés quoique de qualité, il note …Pargnant, Vassogne, Jumigny, Craonne et Craonnelle fournissent des vins rouges légers et délicats assez spiritueux meilleurs que ceux des autres terroirs du Laonnois...  Néanmoins, en 1816 A. Jullien dans sa topographie des vignobles le classe en 5ème place des vins de France comme étant un vin d'ordinaire de 2ème qualité, destiné à des gens aisés pouvant se boire quotidiennement.
Pargnan possède jusqu'à six pressoirs dont on trouve encore des traces dans sa toponymie, comme le lieu-dit les Pressoirs Rouges.
La première maison seigneuriale, ayant appartenu aux sires de Coucy de 1390, abritait également un pressoir.

 Patrimoine 

Les creutes sont encore utilisées de nos jours. Dans l’une d’elles une fresque représentant un avion français.

L’église Saint Rémi
Elle possède des fronts baptismaux en pierre bleue sculptée du XIVème siècle, mais ses célèbres peintures furent détruites pendant la Première Guerre Mondiale.

Le château,
Ancienne demeure de Bignicourt de Chambly, ancien vendangeoir du XVIIIème siècle, est acheté en 1906 par Gabriel Hanotaux (voir § suivant). Cette demeure est endommagée pendant la Première Guerre Mondiale.​

Le cimetière communal
Il contient les sépultures de 6 combattants du Commonwealth, dont 2 inconnus, ainsi que 4 combattants français tombés en 1914. Il  est situé sur le côté de l’église, sur une petite colline qui domine le village.

 Personnage lié à la commune 

Gabriel hanotauxGabriel Albert Auguste Hanotaux (1853/1944, portrait de droite), diplomate, historien et homme politique français, fils d'un notaire de Beaurevoir où il nait. 
En 1906, il s'installe à Pargnan et achète au sieur Oudin, l’ancienne maison seigneuriale de Bignicourt de Chambly qui domine la vallée de l’Aisne.
Ce républicain de cœur est chef de cabinet du président du Conseil Jules Ferry (1832/1893) à 30 ans, député de l’Aisne à 33 ans. Négociateur du Traité commercial France-Canada, il devient ministre des Affaires étrangères à 41 ans, en 1894. Admis à l'Académie Française en 1897, il occupe le fauteuil d'Ernest Renan (1823/1892), il représente la France à la Société des Nations de 1920 à 1923. Il est décoré de la grand croix de la Légion d'Honneur.
Après la guerre, il rachète des terrains et fait édifier à Pargnan une nouvelle école-mairie sur les ruines d'une ancienne maison particulière.

 Evolution de la population 

Pargnan demo

 Nos ancêtres de Pargnan … 

Naissances/baptêmes :
LAURENT Guillemette(sosa 3497G12) vers 1639.
LEROUX Nicolas (sosa 876G10) vers 1716.
LEROUX Pierre (sosa 438G9) vers 1744.

Décès /inhumations :
LEROUX Antoine(sosa 1752G11) avant 1738.Leroux nicolas 1738
LEROUX Nicolas(sosa 876G10) vers 1745. Sa signature ci-contre en 1738.
POIDEVIN Marie Françoise (sosa 1753G11) épouse LEROUX, après 1763.

 Carte de Cassini 

Pargnan 02 cassini

 

 


 

(*) Sources
Sites, blogs, photo, livres ... :
Wikipedia ; Le chermone des Dames dans l'Histoire ; Dictionnaire historique de Melleville.

Date de dernière mise à jour : 06/10/2020