
Située dans le Pays de l'Avranchin, la commune rurale du Mont Saint-Michel tire son nom de l'îlot rocheux consacré à saint Michel.
Le mont Saint-Michel baigne dans la baie du Mont-Saint-Michel, ouverte sur la Manche. L’îlot atteint 92 m d’altitude et offre une superficie émergée d’environ 7 ha. La partie essentielle du rocher est couverte par l’emprise au sol de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et de son domaine. Cet îlot s’élève dans une grande plaine sablonneuse.
Ce site touristique est le plus fréquenté de Normandie et l'un des dix plus fréquentés en France.
L'îlot et le cordon littoral de la baie figurent depuis 1979 sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO ainsi que le moulin de Moidrey depuis 2007. Le mont bénéficie d'une seconde reconnaissance mondiale en tant qu'étape des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France pour les pèlerins du Nord de l'Europe qui passent par le Mont lorsqu'ils se rendent en Galice. Il est dénommé commune touristique depuis 2009.
Les communes limitrophes sont : Beauvoir et Pontorson. A l'Ouest du Couesnon, les hameaux de Belmontet, Saincey et Camus, et les polders Molinié et Tesnières sont limitrophes de Beauvoir. A l'Est le lieu-dit la Caserne, est enclavé entre les territoires de Beauvoir et de Pontorson.
Hydrographie
La commune est bordée par la Manche.
L'ilôt rocheux est situé à l'Est de l’embouchure du Couesnon qui se jette dans la Manche.
La baie du Mont-Saint-Michel (voir § suivant) est le théâtre des plus grandes marées d’Europe continentale, jusqu’à 15 m de marnage, différence entre basse et haute mers. La mer rejoint ensuite les côtes à la vitesse d’un cheval au galop.
Héraldique
Les armes de la commune se blasonnent ainsi : D'azur aux deux fasces ondées cousues de sinople et aux deux saumons d'argent posés en barre l'un sur l'autre, celui du chef contourné, brochant sur le tout.
Toponymie
A l'origine : in monte qui dicitur Tumba = le mont Tombe, dans le sens de tertre ou élévation ; en 966 : Montem Sancti Michaelis dictum ; en 1025 : loco Sancti Archangelis Michaelis sito in monte qui dicitur Tumba ; en 1026, Saint Michiel del Mont ; au XIIème siècle : Mons Sancti Michaeli in periculo mari = mont Saint-Michel au péril de la mer, appellation en référence au passage des pèlerins traversant la baie à l'origine d'enlisements ou de noyades.
Histoire
Le Mont Tombe est, dès l'origine, un lieu où les hommes se rassemblent. Il est durant l'Antiquité un lieu de cultes druidiques pour les Abrinbcates, peuple gaulois armoricain qui habite la région.
À l’avènement du christianisme, aux alentours du IVème siècle, le Mont Tombe fait partie du diocèse d’Avranches, dont les limites correspondent à l'ancien territoire des Abrincates.
Au milieu du VIème siècle, le christianisme s’implante véritablement dans la baie. Les ermites saint Pair d'Avranches (+565) et saint Scubilion (+565) fondent une chapelle dédiée au premier martyr chrétien du Ier siècle, saint Étienne, élevée à mi-hauteur du rocher et une seconde en l’honneur du premier martyr d'Autun, saint Symphorien (159/179), élevée au pied du rocher.
En 708, Aubert (660/725), évêque d'Avranche, envoie deux chanoines chercher des reliques au sanctuaire italien du Mont-Gargan, fait élever un oratoire en l’honneur de l’archange saint Michel, et installe sur le site une communauté de 12 chanoines pour servir le sanctuaire et accueillir les pèlerins. En 1960, à l'Est de la chapelle Notre-Dame-Sous-Terre, un mur cyclopéen pouvant constituer les vestiges de l'oratoire construit en 708 est mis au jour.
A cette époque, à l'Est du rocher, les premiers villageois qui fuient les raids Vikings, s'installent. Le noyau primitif du village est encore perceptible, il correspond à une zone caractérisée par une organisation parcellaire relativement complexe et un enchevêtrement de constructions desservies par des ruelles tortueuses, c'est le secteur de l'église paroissiale Saint-Pierre et son cimetière. La plupart des habitations sont construites en bois et en torchis.
En 709, un raz de marée engloutit la forêt de Scissy et entoure le mont pour en faire une île.
En 867, le Traité de Compiègne attribue le Cotentin et l'Avranchin au roi de Bretagne, Salomon (+874). Ces deux régions ne font donc pas partie du territoire normand concédé en 911 au chef viking mon ancêtre Rollon (860/932, portrait 1 de gauche).
Le mont reste breton, bien que toujours attaché au diocèse d'Avranches, lui-même dans l'antique province ecclésiastique de Rouen, dont la ville principale devient la capitale de la nouvelle Normandie. En 933, mon ancêtre le duc de Normandie Guillaume Ier dit Longue Épée (905/942, portrait 1 de droite) obtient du roi de France un agrandissement de son territoire avec le Cotentin et l'Avranchin. A cette date, le mont est officiellement rattaché à la Normandie.
Mon ancêtre le duc de Normandie, Richard Ier dit Sans Peur (933/996), fils du précédent, poursuit l’œuvre de réforme monastique de son père et ordonne aux chanoines à qui le Mont est confié de renoncer à leur vie dissolue ou de quitter les lieux. Tous partent sauf un, Durand, qui se réforme par amour pour l'archange. En 966, des bénédictins, issus de différentes abbayes, s'installent. Le premier abbé, Maynard Ier, fait édifier l'église préromane Notre-Dame-sous-Terre. Son neveu, Maynard II lui succéde jusqu'en 1009. À cette époque, le Mont scelle la bonne entente entre les deux ducs, de Normandie et de Bretagne, et les ducs de Bretagne de la Maison de Rennes sont inhumés dans la chapelle Saint-Martin de l'Abbaye.
Mon ancêtre le duc de Bretagne Conan Ier dit le Tort (944/992, portrait 2 de gauche) prend le titre de Princeps Britannorum en 990, en présence de l’ensemble des évêques de Bretagne. Mon ancêtre Geoffroi Ier Béranger (974/1008), fils du précédent et époux d'Havoise de Normandie (981/1034), est un grand bienfaiteur de l'abbaye.
En 1030, mon ancêtre le duc de Bretagne Alain III (997/1040) refuse de prêter serment de fidélité et entre en conflit avec son cousin, mon ancêtre le duc de Normandie Robert Ier dit le Magnifique (1010/1035), fils de mon ancêtre le duc de Normandie Richard II dit l'Irascible (972/1026).
Leur oncle Robert dit le Danois (+1037), archevêque de Rouen, sert de médiateur lors d'une entrevue au Mont-Saint-Michel et en 1031, Alain III et son frère Eon de Penthièvre font une donation au Mont-Saint-Michel.
Mon ancêtre le duc de Normandie Guillaume dit le Conquérant (1024/1087, portrait 2 de droite) dote l'abbaye du Mont qui a soutenu financièrement sa conquête de l'Angleterre. Mon ancêtre le duc de Normandie Henri Ier Beauclerc (1069/1135) fait bâtir un fort sur le rocher qui est aussitôt assiégé pas ses frères Robert dit Courteheuse (1051/1134) et Guillaume dit le Roux (1060/1100) dans la guerre fratricide qui les opposent.
L'abbaye échappe au grand incendie de 1138 déclenché par les paysans résoltés de l'Avranchin qui ravage le village.
Les alliés bretons du roi Philippe II dit Auguste (1165/1223, portrait 3 de gauche), menés par Guy de Thouars (+1213), incendient le Mont en 1204 en représailles de l’assassinat de son beau-fils Arthur Ier de Bretagne (1187/1203) par le roi d'Angleterre Jean dit sans Terre (1199/1216), et massacrent la population.
L'enceinte fortifiée de la ville est commencée grâce à l'aide financière du roi Louis IX dit saint Louis (1214/1270, portrait 3 de droite) venu en pèlerinage en 1254. Le village, à cette époque, beaucoup plus petit, groupe ses maisons en haut du rocher près de l'entrée de l'abbaye. L'enceinte, qui ne ceinture que le sommet du Mont, est achevée par l'abbé bénédictin Guillaume du Château (+1314).
En 1314, est installée au Mont la première garnison logée par l'abbé dans la porterie et dont la solde est supportée par le roi. Les abbés sont capitaines de la ville et de l'abbaye du Mont-Saint-Michel tout au long du XIVème siècle et s'attachent le service armé de nombreux seigneurs du Cotentin et de l'Avranchin.
En 1386, débute la construction de la tour Perrine, de la barbacane crénelée à double accès fermée par des vantaux basculants, du Grand Degré et de la tour Claudine. Le châtelet avec ses tourelles en encorbellement sur contrefort, est achevé en 1403.
En 1417 après la Bataille d'Azincourt, un rempart pour protéger la ville est érigé, ainsi qu’une grande citerne creusée en roche vive derrière l’abside de l’abbaye pour alimenter le Mont en eau douce. En 1419, Rouen tombe aux mains des Anglais, le Mont est alors la seule ville de Normandie qui résiste à l’occupant qui l'assiègent entre 1423 et 1440, établissant un blocus par la terre et la mer et édifiant deux bastilles sur Tombelaine et Ardevon.
A la Révolution Française, le mont porte le nom de Mont Libre.
Chroniques communales
Le culte à saint Michel et les pèlerinages
Diffusé dès le IVème siècle en Orient, le culte à l'Archange saint Michel prend de l'importance en Occident par l'Italie à partir du Vème siècle. Le rôle guerrier de l'Archange contre les démons et les forces diaboliques évoque dans l'esprit des chrétiens, en ces temps belliqueux, un pouvoir de protection contre le mal. Le sanctuaire créé en 708 sur le mont Tombe par saint Aubert à la suite de l'apparition de l'Archange, participe à l'expansion du culte.
Le premier récit de pèlerin connu est celui du moine Franc Bernard vers 867 qui vient au mont après avoir été à Rome, au Monte Gargano, à Jérusalem et à Bethléem. Un autre pèlerinage est rapporté également au IXème siècle, celui du parricide Ratbert, qui effectue le voyage au mont par pénitence.
Au XIème siècle, l'abbatiale est agrandie et les pélerinages s'intensifient. Mon ancêtre le duc de Normandie Richard II dit l'Irascible (972/1026, portrait 1 de droite) y épouse Judith de Bretagne (982/1017) vers l'an 1000. A partir de cette date, ducs, princes et rois s'intéressent au mont et à la protection de saint Michel.
Le duc de Normandie et roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt (1133/1189) vient plusieurs fois au mont après avoir soutenu l'élection de Robert de Thorigny (1110/1186) à la tête de l'abbaye. En 1158, il y rencontre le roi de France Louis VII dit Le Jeune (1120/1180, portrait 1 de gauche) pour une réconciliation éphémère.
Les derniers Capétiens directs sont très assidus envers l'archange : Louis IX dit Saint Louis ; son fils, Philippe III dit Le Hardi (1245/1285) vient y remercier saint Michel de l'avoir préservé au retour de la 8ème croisade ; Philippe IV dit le Bel (1268/1314) y apporte en 1307 et 1310 des reliques provenant de la Sainte-Chapelle.
Les premiers Valois montrent moins de dévotion à l'égard de l'archange mais Charles VI dit Le Fol (1368/1422) s'y rend en 1393 ;
Louis XI (1423/1483) y vient à quatre reprises par spiritualité mais aussi par souci de montrer sa présence au voisin breton à l'époque de la Ligue du Bien Public ;
François Ier (1494/1547, portrait 2 de droite) s'y rend par deux fois ; en 1561, Charles IX (1550/1574) et son frère, le futur Henri III (1551/1589, portrait 2 de gauche) sont les derniers monarques à y venir en pèlerinage.
Le pélerin appelé Michelet, vient d'Italie, de Bavière ou de Flandre par des routes appelées Chemins de Paradis. Des pèlerinages d'enfants sont relatés à partir du XIVème siècle. Le nombre de pèlerins va croissant jusqu'à la Guerre de Cent Ans, lorsque l'occupation anglaise au début du XVème siècle limite l'accès au rocher.
La promulgation de la Constitution Civile du Clergé lors de la Révolution Française apporte un coup d'arrêt aux pèlerinages. Les ordres religieux sont supprimés et l'abbaye est vidée puis transformée en prison.
Des confréries parviennent à organiser quelques pèlerinages vers l'église paroissiale Saint-Pierre au début du XIXème siècle, l'abbaye restant inaccessible.
La suppression de la prison et la mise à disposition de l'abbaye au culte en 1863 permettent la remise en place des structures destinées à l'accueil de pèlerins, sans pour autant atteindre l'ampleur des flux antérieurs.
Le tourisme
Déjà depuis le XIXème siècle, les auteurs et peintres romantiques viennent au mont, pour son charme unique et ses qualités pittoresques, tel Henry René Albert Guy de Maupassant
(1850/1893, portrait de droite).
À la fin du siècle, plusieurs hôtels s'établissent.
Le Mont connaît un déclin de fréquentation depuis le début du XXIème siècle, passant de 3,5 millions de visiteurs à 2,2 millions en 2013. Le site pâtit des nouvelles conditions de desserte de la presqu’île et des prix élevés des prestations médiocres. En 2014, malgré la construction des nouveaux ouvrages d'accès, le déclin touristique se poursuit, en raison de la hausse des tarifs de stationnement, des 50 minutes de la traversée à pied ou des navettes n'effectuant qu’une partie du parcours.