Tôtes

Totes seine maritime adm 1

Située sur le plateau entre la vallée de la Saâne et la vallée de la Scie, cette petite ville du Pays de Caux est située au carrefour des deux anciennes routes nationales (RN27 et RN29), ce qui avant la construction du réseau autoroutier en faisait un point de passage stratégique, à équidistance entre Rouen et Dieppe, entre terroir et modernité, à mi-chemin entre Seine et mer.
Les belles demeures en briques de la route Le Havre/Amiens et de la rue Guy de Maupassant ont progressivement vu apparaître plusieurs lotissements, implantés en périphérie depuis les années 1960-1970, sans dénaturer le cadre naturel environnant.

Blason totes svgHéraldique

Les armes de la commune se blasonnent ainsi :
Parti : au 1) de gueules aux trois oies d’argent, au 2) coupé en I d’or aux trois marteaux contournés de gueules et en II d’azur aux trois croisettes d’argent ; sur le tout d’or au chef d’azur chargé de trois étoiles aussi d’or.

Drapeau francais fond blancHistoire

Son nom actuel vient du norrois (ancienne langue scandinave), topt, qui signifie emplacement d'une ferme, domaine rural. Attesté sous la forme Totes en 1030.
Tôtes est déjà habité à l’époque gallo-romaine. Des fouilles réalisées en 2004 révèlent l’existence d’une occupation rurale à cette époque sur le site de la Zone d'Activités actuelle. L'ensemble mis au jour (villa rustica) se met en place dans le courant du Ier siècle de notre ère et perdure jusqu’au IIIème siècle.
En 1030, le vicomte d'Arques fait don d’une partie de la localité à l'Abbaye de la Trinité du Mont à Rouen.
En 1066, Richard II, seigneur de Tôtes, et un sire de Bonnetot, accompagnent Guillaume-le-Batard à la bataille d'Hastings.
En 1257, l'Archevêque de Rouen et le seigneur de Tôtes se disputent le patronage de l’église.
En 1589, du temps de la Ligue, une entrevue entre les gouverneurs du Havre et de Dieppe a lieu au château de Tôtes. Cet entretien n'abouti pas et le village est partiellement ravagé.
Au XIXème siècle, le village de passe de localité rurale à une bourgade commerciale.
En 1800, l'église Saint Paër de Bonnetot, commune voisine, est démolie.
En 1809, Tôtes absorbe Bonnetot.
En 1870, Tôtes est occupée par les Prussiens en décembre.
En 1940, Le village est le théâtre de violents combats au cours duquel de nombreuses vies sont sacrifiées notamment le 10 juin au cours d’une bataille sanglante entre Tôtes et Biville-la-Baignarde.
Le village, occupé, est libéré le 31 août 1944 par les troupes canadiennes.

1944, Le hameau de Bonnetot et les V1 allemands

​​En 1943, l'armée allemande s'installe sur la ferme d'Henri Delacroix, pour construire une rampe lourde de V1. 500 travailleurs hollandais, belges et français de Tôtes s'activent pour construire les blockhaus, assurer le camouflage. sous les pommiers... Le chantier se termine en décembre et les premiers V1 arrivent en gare d'Auffay.
La résistance entre en jeu. Le lieutenant Aubert découvre le site. Michel Hollard comprend l'objectif des Allemands en trouvant l'orientation de la piste vers Londres, avec sa boussole.
De janvier à juin 1944, les anglais bombardent le site et détruisent tout le corps de ferme.
La ferme actuelle est reconstruite sur le chemin allemand en 1953.
Il reste de nombreux vestiges de cette periode sous les pommiers.

Seigneurs et gens de noblesse

Richer de Tôtes 948/ ?
Richer II de Tôtes 977/1031, écuyer, fils du précédent, époux de Marie de Bouville.
Richard de Tôtes 999/1057, fils du précédent, époux de Havoise de Barentin.
Richard II de Tôtes, 1024/1079, écuyer, fils du précédent, époux de Clotilde de Gisors, combat à la bataille d’Hastings en 1066.
Gauthier de Tôtes 1045/1104, écuyer, fils du précédent, époux de Lucille d’Yvetot.
Eloi de Tôtes 1079/1141, écuyer, fils du précédent, époux de Blanche de Barentin.
Gauthier II de Tôtes 1109/1178, écuyer, fils du précédent, époux de Gertrude de Saint-Saens.
Robert de Tôtes 1151/1208, écuyer, fils du précédent, époux d’Henriette de Foucarmont.
Fernand de Tôtes 1198/1259, écuyer, fils du précédent, époux de Mathilde de Gaillefontaine.
Gauthier de Tôtes 1214/1249, neveu du précédent, écuyer  chevalier-croisé en 1247, époux de Jeanne de Canouville, mort à la 7ème croisade (1248/1252).
Robert III de Tôtes 1252/1314, écuyer, fils du précédent, époux de Jehanne d’Yvetot.
Enguerrand de Tôtes 1295/1346, chevalier, fils du précédent, époux de Michelle d’Harcourt, mort à la bataille de Crécy contre les anglais. Sa fille Mathilde est héritière de Tôtes, elle épouse...

Georges II de Clères 1323/ ?, chevalier, baron de Clères en 1346, qui reprend la seigneurie de Tôtes entre autres.
Jean IV de Cleres 1354/1415, chevalier, baron de Clères, fils du précédent, époux d’Isabelle de Hellande, mort au combat à la bataille d’Azincourt contre les anglais.
Georges III de Clères 1412/1496, chevalier, baron de Clères, fils du précédent, époux de Marguerite Chevenon de Bigny.
Georges IV de Clères 1462/1528, chevalier, baron de Clères, fils du précédent, époux d’Isabeau de Mailly –Lorsignol .
Jacques de Clères 1507/ ?, chevalier, baron de Clères, fils du précédent, époux d’Anne de Chateaubriand.

Jean Fiquet d’Ausseville, receveur particulier des finances de l’élection d’Arques, occupe en 1787 son manoir seigneurial (château de Belloy) et son jardin. En 1788, il demande des lettres patentes pour réunir et incorporer  au  fief de Tôtes les terres et fiefs des Brosses, de Saint Victor, du Bosc-aux-Lièvres, de la Heuze, du Tilleul acquis par lui, pour former un plein fief de haubert nommé le fief de Tôtes.

Personnages liés à la commune

Gustave flaubertGustave Flaubert 1821/1880 (photo de gauche), écrivain français, prosateur de premier plan, il marque la littérature universelle par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société, et par la force de son style dans de grands romans comme Salammbô (1862), L'Éducation sentimentale (1869), ou le recueil de nouvelles Trois contes (1877).
C'est à Tôtes qu’il installe le couple de Charles et d'Emma Bovary, dans son roman Madame Bovary (1857).

Guy de maupassantHenry René Albert Guy de Maupassant 1850/1893 (photo de droite), écrivain français, lié à Gustave Flaubert et à Émile Zola, il marque la littérature française par six romans, dont Une vie en 1883, Bel-Ami en 1885, Pierre et Jean en 1887-1888, et surtout par des nouvelles (ou contes) comme Boule de suif en 1880 dont l’action se déroule en partie à l’Hôtel du Commerce qui n’est autre que l’Auberge du Cygne de Tôtes, les Contes de la bécasse (1883) ou Le Horla (1887). Ces œuvres retiennent l’attention par leur force réaliste, la présence importante du fantastique, par le pessimisme qui s’en dégage le plus souvent, mais aussi par la maîtrise stylistique. Sa carrière littéraire se limite à une décennie (1880-1890) avant qu’il ne sombre peu à peu dans la folie et ne meure à presque 43 ans. Reconnu de son vivant, il conserve un renom de premier plan, renouvelé encore par les nombreuses adaptations filmées de ses œuvres.

Estelle lefebureCes deux écrivains comptent parmi les personnalités ayant séjourné durablement à l'Auberge du Cygne de Tôtes.

Estelle Lefébure 1966/- (photo ci-contre),  mannequin et actrice française, compagne de l’homme d’affaires Jean Philippe Alpa, puis épouse de 1989 à 2001 du chanteur David Hallyday, puis de 2004 à 2008 de l’animateur de télévision Arthur, puis de 2009 à 2014 de Pascal Ramette, propriétaires de restaurants… Née à Rouen, elle a habité Tôtes.

Chronique communale

Le tortillard évoque un temps où le bruit des voitures n'était pas familier. Il traverse Tôtes deux ou trois fois par jour, par la route de Dieppe.
Son épopée commence à la fin du XIXème siècle. Les habitants des communes situées entre les vallées de la Saâne et de la Vienne réclament la construction de lignes de chemin de fer pour favoriser le développement économique du secteur.
Le Conseil Général reçoit en 1907 une proposition émanant de Jean Laborie, ingénieur parisien et une convention est signée pour la construction et l’exploitation de deux lignes Ouville-la-Rivière/Motteville et Gueures/Clères. Les travaux commencent à la fin de l'année 1910.
Le tortillardL'itinéraire de Gueures à Clères est inauguré le 30 avril 1913, un an après la première ligne qui va d'Ouville-la-Rivière à Motteville.
Au début de l'exploitation, plusieurs allers et retours quotidiens sont effectués sur ce parcours (1h30 entre les deux terminus). Les voyageurs se plaignent du manque de sérieux : arrêts grillés par les convois, retards fréquents... Fin décembre 1913, de très fortes chutes de neige perturbent la circulation des convois et montrent à quel point les hommes et le matériel ne sont pas préparés pour affronter les intempéries. De nombreux trains sont supprimés, les autres subissent des retards allant jusqu'à 9h37. En plus de ces difficultés d'exploitation, la compagnie connait des déboires relatifs au prolongement de la ligne de Clères jusqu'à Rouen.
La première Guerre mondiale éclate. Du mois d'août à octobre 1914, la circulation sur la ligne est totalement interrompue. L'exploitation reprend ensuite mais de manière réduite, à cause des difficultés de ravitaillement en charbon et de la pénurie de personnel  mobilisé sur le front.
En 1918, l'état des locomotives, des wagons, de même que celui des gares et autres installations est lamentable. Ce n'est qu'en 1920 que le trafic redevient normal avec deux trains quotidiens sur l'itinéraire. Il manque toutefois 65 000 voyageurs par an pour que le réseau soit rentable.
En 1925, un nouvel exploitant succède au fils Laborie, la S.E. (Société générale des chemins de fer Economiques) qui entreprend de réduire assez drastiquement les dépenses. Les gares et haltes subissent des réductions d'effectifs, des arrêts sont supprimés puis les tarifs sont multipliés par trois. Le tronçon Bacqueville/Clères reste déficitaire et ferme aux voyageurs en 1936, tandis que le reste du réseau ne transporte plus que des marchandises à partir de 1938.
De 1940 à 1947, un service voyageurs est remis en activité.
En 1947, les deux lignes sont définitivement fermées, dix ans après elles sont déferrées.
Il subsiste aujourd'hui de nombreux vestiges de la ligne et notamment l'ancienne gare qui est devenue une maison d’habitation.

Patrimoine

Totes seine maritime eglise plaque en latinL’église Saint Martin date du XIIème siècle. Elle est agrandie au cours des XIIème, XIVème et XVIème siècles et détruite en 1849. Quelques traces subsistent de l’ancienne église en particulier une inscription sculptée, datée de 1510, conservée dans la charpente du nouveau clocher.
L’église est remplacée en 1879 par un nouvel édifice néo-gothique. La première pierre est bénie par l'archevêque Marie-Edmond Blanquart de Bailleul. Sur son flanc Est, une plaque relate cette reconstruction, en latin (photo ci-contre).
A l'intérieur, elle renferme une statue de Saint Martin du XVème siècle, découverte lors de la reconstruction.

La mairie et la salle polyvalente, située sur l'actuelle place du marché dans les anciennes halles où se déroulait le marché aux bestiaux, transformées en 1819. La ville est jumelée depuis 1977 avec celle de Bleckede (Allemagne).

Le marché existe depuis le XVIIème siècle, le lundi de chaque semaine, il a été interrompu entre 1730 et 1789. Des foires se tiennent aussi le lundi de Pâques, le premier lundi de juillet et le 8 novembre.

Le Château de Belloy, face à l’Auberge du Cygne, date du XVIIème siècle.
En 1781, il est reconstruit suite à un incendie par Jean Fiquet d'Ausseville (voir § seigneurs et gens de noblesse).
A l'intérieur, le plafond du salon, d'une hauteur de 5,50 m, en boiseries peintes à la main, est l’œuvre de l'italien Laurinti en 1786.
En 1805, Marguerite Fiquet d'Ausseville, fille de Jean, épouse Amable Hippolyte de Maurès 1765/1828, comte de Malartic, baron d’Empire, chevalier de la Légion d’Honneur, député de la Seine-Inférieure et maire de Tôtes. Le château passe ainsi aux mains des comtes de Malartic et Jean Hippolyte Maxime 1808/1891, fils du précédent, est maire de Tôtes également.

Le château Dupuis, situé au Nord, face à l’ancienne gare du tortillard.

Le château de Bosc-aux-Lièvres, situé sur la route du Havre, est l’ancienne demeure seigneuriale.
La base des tourelles remonte à l'époque Gallo romaine. Il s'agit probablement du premier château de Tôtes qui aurait accueilli Jeanne d'Arc en 1430.
Sans aucun doute, c’est le château qui a le plus de charme avec ses deux tourelles encadrant une jolie façade en briques.  Il est aujourd’hui utilisé comme ferme.

L’Auberge du Cygne construite face au château en 1611 à l'emplacement de l'Auberge de l'Écu.
Sa situation en fait un relais de poste sous le roi Louis XIII. On y rencontre notamment D’Artagnan, qui escorte le roi, en voyage à Dieppe.
En 1690, l'auberge qui ne porte pas encore son nom actuel, est dirigée par Jean Fiquet père (son fils devient marquis de Normanville). Lors de la succession, Jean Fiquet fils légue un plat bleu décoré de deux cygnes surmontés d'une couronne de marquis à son successeur Tubeuf. Ce plat est à l'origine de l'appellation actuelle. En 1756, sous le même propriétaire et grâce à la marquise de Pompadour, l'auberge a le privilège de devenir Poste Royale. Les écuries du relais de poste existent encore.
En 1808, Napoléon Ier fait don d'une marmite en cuivre.  
Les Princes d'Orléans et le roi Louis Philippe partagent les tables de l'Hôtel du Cygne.
Gustave Flaubert et Guy de Maupassant y font plusieurs haltes.
En 1910, la reine Victoria et le Prince de Galles y séjournent.
En 1918, la reine des Belges, Élisabeth, s'offre en mai l'ensemble de l'hôtel afin que le roi Albert Ier (1875/1939) se repose.
La seconde guerre y amène Dwight David Eisenhower (1890/1969), Wilhelm Marschall (1886/1976), Erwin Rommel (1891/1944), Friedrich Van Paulus (1890/1957) ainsi que Pierre de Gaulle (frère du Général 1897/1959) et Ali Khan (1911/1960).

Le presbytère, longtemps propriété des de Malartic, passe aux mains de la commune en 1892.
Dans une de ces dépendances siège une justice de paix de la Révolution jusqu'à la Quatrième République (1958).

Les écoles. La première est ouverte en 1794 et occupe une maison près de l'église.
L’école dirigée par la communauté d'Ernemont perdure jusqu'en 1881, date à laquelle l'école devient laïque. 1984, les écoles sortent de terre, route de Neufchâtel.

Evolution de la population

En 1809, la commune ne compte que 600 habitants.

Totes seine maritime demo

Hameaux, lieux dits et écarts

Bosc-aux-Lièvres – Moscou – Château de Belloy et…
Bonnetôt
, situé sur l'ancienne nationale en allant vers Dieppe. Ce hameau voit naître :
La famille Langrenay dont deux de ses membres sont maires de Tôtes :
- Pierre Ferdinand  Casimir 1796/1869, époux de Marie Angélique Georgette Louise Prével.
- Ferdinand Gaston 1866/1919, petit-fils du précédent, époux d’Amélie Cavelier.
La famille Delacroix qui, depuis quatre générations, gère la ferme historique de Bonnetot. Aujourd’hui c’est Gaëtan qui produit les pommes à cidre, en agriculture biologique depuis 2009, sous le label Seine Maritime Terroirs.

Nos ancêtres de Tôtes …

Naissance/Baptême :
BUQUET Pierre (sosa 2000G11) vers 1659.

Union :
BUQUET Pierre (sosa 2000G11) et LEMAISTRE Françoise (sosa 2001G11) le 3 juin 1694.

Décès/inhumation :
LECARPENTIER Anne (sosa 4001G12), épouse de BUQUET Pierre (sosa 4000G12), le 28 mars 1694.

Carte de Cassini

Totes seine maritime carte cassini

 


 

Sources
Sites et photo :
Wikipedia, La mairie de Tôtes, 36000 communes françaises, La ferme de Bonnetot.
Livres, documents, revues :
La vieille hostellerie normande de Tôtes par E. Spalikowski, 1920.
Ceux de l'Ombre - juin 1940/septembre 1944 par André Gosse dit Le Léopard, 1992.
L’enfer des V1 en Seine Maritime durant la seconde Guerre Mondiale par Norbert Dufour et Christian Doré, 1993.
Le tortillard, chemin de fer d'intérêt local de Motteville à Ouville-la-Rivière, Les Cahiers de Terres de Caux n°4, par Jean Pierre Pérez, 2003
.
L'Enfer des V1 en Seine-Maritime durant la Seconde Guerre mondiale, Norbert Dufour et Christian Doré, .
L'homme qui a sauvé Londres, Georges Martelli.

Date de dernière mise à jour : 05/08/2016