VISAGES DE SEINE-SAINT-DENIS

 

Du Vème au XIIème siècle

Douze de mes ancêtres de la noblesse
sont inhumés
dans la nécropole royale de
la basilique Saint-Denis
:

 

Le Mérovingien :

Clovis Ier (466/511), roi des Francs, voir « Visages de Paris »
Il n’est pas inhumé dans la basilique mais à l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris.
Au XIIème siècle, les moines de cette abbaye font réaliser son gisant, restauré en 1628,
il est transféré à la basilique Saint-Denis en 1816.

Les Carolingiens :

Charles dit Martel (686/741)*, maire du Palais d’Austrasie, voir « Visages de l’Aisne »
Pépin III dit le Bref (714/768)*, roi des Francs, voir « Visages de l’Aisne »
Bertrade de Laon dite Berthe au Grand Pied (720/783)*, épouse de Pépin III, voir « Visages de l’Aisne »
Carloman Ier (751/771)*, roi des Francs, frère de Charlemagne, voir "Visages de l'Aisne"
Charles II dit le Chauve (823/877)*, roi de Francie Occidentale, voir « Visages de Savoie »
Son tombeau en bronze est détruit à la Révolution Française
Ermentrude d'Orléans (830/860)*, épouse de Charles II, voir "Visages du Nord"

Le Robertien :

Hugues dit le Grand ou le Blanc (898/956), duc des Francs, voir « Visages de l’Essonne »

Les Capétiens directs :

Hugues Ier dit Capet (939/996)*, roi des Francs, voir « Visages de l’Essonne »
Son tombeau est détruit à la Révolution Française.
Robert II de France dit le Pieux (972/1031)*, roi des Francs, voir « Visages du Loiret »
Constance d'Arles (984/1032)*, épouse de Robert II, voir "Visages du Loiret"
Louis VI de France dit le Gros (1081/1137)*, roi des Francs, voir « Visages de l’Oise ».
 

* Leurs gisants font partie de la commande de Louis IX dit Saint-Louis vers 1263 (voir ci-après).

 

 

Histoire de la nécropole royale de la Basilique Saint-Denis

 

La décollation de saint DenisL'église abbatiale est nommée  basilique dès l'époque mérovingienne.
Elle s'élève sur l'emplacement d'un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de saint Denis, premier évêque de Lutèce, martyrisé vers 250 (sculpture ci-contre, tympan portail Nord).
Au début de son histoire, la nécropole est donc un cimetière que l'on choisit dans son testament, afin d'être enterré aux côtés de saint Denis et de ses compagnons, Rustique le diacre et Eleuthère le prêtre.
En règle générale, les rois mérovingiens préfèrent être enterrés dans un lieu où ils possèdent quelque attachement : leur résidence habituelle, un palais qu’ils apprécient ou encore un établissement religieux dont ils sont fondateur ou bienfaiteur comme c’est le cas en 639 pour Dagobert Ier.

Le sarcophage de la reine Arégonde (515/579), considérée comme la plus ancienne reine de France, une des 7 épouses du roi des Francs Clotaire Ier et donc belle-fille de Clovis Ier (466/511), Sarcophage de la reine Aregonden’y est découvert qu’en 1959 par l’archiviste-paléographe, Michel Fleury.
Il contenait des vêtements préservés et des bijoux, dont son anneau sigillaire portant le nom Arnegvndis, aujourd'hui conservés au Musée d'Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye. Cette tombe est la mieux documentée d'Europe pour le Haut Moyen Âge.
Michel Fleury, décrit la reine ainsi : une femme de très petite taille, âgée d'environ 45 ans, à la chevelure blonde, au crâne assez rond, à la mâchoire inférieure assez saillante, mais au menton effacé.

Avec la dynastie carolingienne, le choix de Saint-Denis s’impose à Charles dit Martel et Pépin III dit le Bref (qui y a reçu l’onction en 754). Charles II dit le Chauve suit, ainsi que son épouse Bertrade de Laon, et quatre membres de sa famille.
Les Capétiens reprennent la tradition carolingienne, certains rois capétiens sont abbés laïques de Saint-Denis et s’y font inhumer : Eudes et Hugues Capet, Robert II dit le Pieux et Henri Ier.

L’abbé Suger (1081/1151, portrait ci-contre), moine de l’abbaye, y rencontre le futur roi Louis VI dont il devient l’ami et le conseiller. Il est nommé abbé en 1122 et Abbe sugerparvient à réunir des fonds suffisants pour réinventer l'architecture religieuse de son époque en appliquant un principe simple : la Foi par la Beauté. Pour croire, le peuple doit admirer, donc voir. Un déambulatoire est créé pour circuler autour de riches reliquaires, plongé dans une lumière intense, expression terrestre de la lumière divine. De magnifiques vitraux apportent aux illettrés l'enseignement religieux et les règles d'édification morale. L'esprit du Ggothique est né.
Le lien entre l’abbaye et la Couronne se renforce encore lorsque Louis VI dit le Gros lui reconnait un droit de dépouilles : elle est considérée comme la gardienne officielle des objets symboliques de la royauté et le principe de l’abbatiale comme nécropole royale est désormais respecté.
L'église carolingienne de l'abbaye est agrandie vers 1135, d'abord la façade, puis le chevet, la nef carolingienne subsiste.
En 1145, Suger gère le royaume durant l’absence du roi  Louis VII en croisade. Sa tâche dure deux ans et demi et il s'en acquitte magnifiquement. Il écrit aussi : Vie de Louis le Gros et une Histoire de Louis VII.

Louis IX dit Saint Louis, canonisé en 1297, est tout particulièrement attaché à Saint-Denis. Il n'a de cesse de renforcer le caractère de nécropole royale de la basilique, notamment par sa commande, vers 1263, d'une série de 16 gisants, dont 11 de mes ancêtres. Auparavant, seules des dalles de pierres gravées, disposées sur le sol près du maître autel, marquaient l'emplacement des sépultures royales. Il subsiste aujourd'hui 14 de ces sculptures originales.

Durant la guerre de Cent Ans, les tombes en argent doré de Louis VIII et de Philippe dit Auguste et le somptueux tombeau d'orfèvrerie de Louis IX dit Saint Louis, sont détruits.

Progressivement, la nécropole reçoit les sépultures non seulement des rois et reines, mais aussi des membres de la famille royale, ainsi que de grands serviteurs du royaume que les rois veulent honorer en les autorisant à reposer auprès d'eux. Hormis Louis XI, Louis XVI et Louis XVII, tous les rois de France, de Louis VII (inhumé à l'abbaye royale Notre-Dame de Barbeau, Seine-et-Marne, qu'il a fondée, mais dont Louis XVIII fait revenir la dépouille à Saint-Denis en 1817) à Louis XVIII, sont enterrés à Saint-Denis.
En 1966, la basilique est élevée au rang de cathédrale.
Aujourd’hui la nécropole compte plus de 70 gisants et tombeaux.

Les gisants
Au Moyen Âge, on réalise généralement trois gisants : un gisant d'entrailles, un gisant de cœur et un gisant de corps. Le roi était ainsi honoré par trois tombeaux.
On identifie un gisant de cœur par la présence d'un petit cœur sculpté dans la main gauche du personnage et un gisant d'entrailles par la présence d'un petit sac dans une main. À Saint-Denis, se trouvent les gisants les plus nobles, les gisants de corps.
Les techniques de conservation des corps sont rudimentaires au Moyen Âge. Pendant le transport, on le recouvre  de sel, d'aromates et de vin. La technique utilisée pour Saint Louis consiste à faire bouillir le corps afin de séparer les chairs et les os. Lorsque le souverain meurt de la dysenterie à Carthage, les chairs du saint roi sont enterrées à la cathédrale de Monreale (Sicile) et ses ossements transportés à Saint-Denis.

Les gisants de la commande de Saint-Louis concerne les rois des trois premières dynasties françaises : Clovis II pour les Mérovingiens, Charles dit Martel, Pépin III dit le Bref, Bertrade de Laon (son épouse), Carloman I (frère de Charlemagne), Charles II dit le Chauve, Ermentrude (son épouse), Louis III et Carloman II pour les Carolingiens. Eudes de Paris, Hugues Capet, Robert II dit le Pieux, Constance d'Arles (son épouse), Henri Ier, Philippe de France, Louis VI dit le Gros, Constance de Castille (épouse de Louis VII) pour les Capétiens.
Les sculptures sont toutes assez semblables : les gisants sont allongés, les pieds posés sur un socle, comme s’ils étaient debout. L’oreiller posé sous leurs têtes indique qu’ils sont bien représentés couchés. Leurs yeux sont ouverts et tournés vers la Jérusalem céleste, en attente de la résurrection prochaine. Ils portent un sceptre d’une main et retiennent un pan de leur manteau de l’autre. Les visages, idéalisés, offrent l’image du roi parfait, figés à l'âge idéal de 33 ans, celui du Christ lors de sa résurrection. Chaque roi se distingue grâce à la variété de motifs que l’on trouve sur les couronnes. On trouve différents symboles et notamment des animaux aux pieds des gisants.

Profanation et destruction des tombeaux à la Révolution Française
10 août 1792, chute de la monarchie constitutionnelle, le gouvernement provisoire ordonne la fonte des monuments en bronze, argent ou métaux divers pour en faire notamment des balles patriotes. 47 tombeaux sont démontés, comme celui de Charles VIII en bronze Violation des tombeaux de la nécropole en 1793doré et en émail.
En 1793, la Convention ordonne la destruction des insignes de la féodalité et des tombeaux nobles ou princiers dans tous les édifices de la République. Puis, durant la Terreur, décision est prise de s'attaquer aux cendres impures des tyrans et de récupérer le plomb des cercueils. Le décret  du 1er août 1793 précise que : Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de la République, seront détruits le 10 août prochain.
Les tombes sont démontées ou détruites, les corps exhumés et profanés. La symbolique associée à cet événement, l'un des plus marquants de cette période, apparaît encore aujourd'hui comme très forte.
En 1817, Louis XVIII fait récupérer les restes de ses prédécesseurs dans les fosses où ils ont été jetés. Ces restes sont placés tous ensemble (car la chaux a empêché leur identification individuelle) dans un ossuaire de la crypte de la basilique, comportant une dizaine de coffres, scellé par des plaques de marbre sur lesquelles sont inscrits les noms des monarques.

 

 

 

 

 

 


 

 

Sources
Sites et photo :
Wikipêdia.
Livres et revues : Saint-Denis, la basilique et le Trésor - Dossiers d'Archéologie, mars 2001.
Le baptême de Clovis, son écho à travers l’Histoire, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 1997.
Vidéo : YouTube.

 

 

Date de dernière mise à jour : 16/11/2017