L'histoire des Juifs en Gaule remonte au Ier siècle. Grégoire de Tours (538/594) et quelques vestiges archéologiques prouvent que des communautés juives ont existé en Gaule pendant tout le Bas-Empire et sous les Mérovingiens ; elles vivent plutôt en bonne intelligence avec le clergé chrétien.
Epoque gallo-romaine
Des découvertes de vestiges archéologiques attestent de la présence probable des juifs dès la fin du Ier siècle.
Le premier Juif connu ayant vécu en Gaule est de lignée royale : c'est Archélaos (-23/18), ethnarque de Judée, fils d'Hérode Ier dit le Grand (-73/-4), exilé en l'an 6 par l'empereur Auguste (-63/14) à Vienne en Isère où il meurt 10 ans plus tard. Son frère Hérode Antipas (-21/39), tétrarque de Galilée, est exilé en 39 par Caligula (12/41) à Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Comminges).
En 425, un décret des empereurs romains Théodose II (401/450) et Valentinien III (419/455), adressé au préfet de la Gaule, interdit aux Juifs et aux païens d'être avocats, magistrats ou fonctionnaires de façon que les chrétiens ne leur soient pas subordonnés et pour les inciter à se convertir au christianisme.
En 465 au concile de Vannes, l'Église interdit à ses prêtres de participer à des repas donnés par les Juifs puisque les Juifs refusent de participer à des repas préparés par les chrétiens.
Epoque mérovingienne
Au VIème siècle, des Juifs habitent Marseille, à Arles, Uzès, Narbonne, Clermont, Orléans, Paris et Bordeaux. Ces villes sont généralement des centres administratifs romains situés sur de grandes routes commerciales et les Juifs y possèdent des synagogues.
L'organisation interne des Juifs de cette époque semble être restée la même que sous l'Empire romain et respecte toujours un édit adressé en 331 aux décurions de Cologne par l'empereur Constantin et le Code de Théodose (438).
Les Juifs sont souvent marchands ; ils sont aussi percepteurs d'impôts, marins et médecins. Tant que s'appliquent la loi romaine et l'édit de Caracalla (212), ils restent les égaux de leurs concitoyens. Leurs relations sont amiables, même après l'établissement du christianisme en Gaule. Le clergé chrétien participe à leurs fêtes ; des mariages inter-religieux entre juifs et chrétiens se produisent ; le judaïsme fait des émules et ses coutumes religieuses sont si librement adoptées qu'au troisième concile d'Orléans (538) les autorités religieuses chrétiennes jugent utile de mettre en garde les fidèles contre les superstitions juives et leur ordonne de s'abstenir d'observer les interdictions du judaïsme concernant le Chabbat, interdiction de tout déplacement le dimanche.
Grégoire de Tours raconte qu'en 576 une émeute détruit la synagogue de Clermont de fond en comble faisant accepter le baptème aux Juifs de la ville. Inversement, le Juif de Paris, Priscus, conseiller de mon ancêtre le roi Chilpéric Ier (527/584), dans une controverse avec celui-ci, refuse sans dommage pour lui la conversion. Finalement le roi exige la conversion de tous les Juifs parisiens.
En 591, les Juifs chassés de la ville d'Orléans se réfugient en Provence. Une lettre du pape Grégoire Ier (540/604) réprimande l'archevêque d'Arles, Virgile (+610), à la suite de nombreuses plaintes pour des conversions forcées.
En 629, mon ancêtre le roi Dagobert Ier (602/639) propose d'expulser de ses domaines tous les Juifs qui n'accepteraient pas le christianisme. Pas d'autres indications de son règne jusqu'à celui de mon ancêtre le roi Pépin III dit le Bref (715/768). Mais, dans le Sud de la France, en Septimanie (ou Narbonnaise), dépendance des rois wisigoths d'Espagne, les Juifs continuent à résider et à prospérer. Les Juifs de Narbonne, principalement des négociants, s'entendent bien avec le reste de la population qui alors se rebelle souvent contre les rois wisigoths.
Période carolingienne
Les Juifs sont nombreux sous mon ancêtre l'empereur Charlemagne (747/814), ils disposent d'un statut relativement favorable. En justice, ils prêtent serment selon une formule spéciale (Serment more judaico) et il leur est permis d'intenter un procès contre des chrétiens même s'il doit produire plus de témoins que le chrétien pour avoir gain de cause. S'ils emploient des chrétiens, leur seule obligation est de leur accorder le repos dominical. Ils ne doivent pas faire le commerce des monnaies, du vin ou du blé. Le plus important est le fait qu'ils sont jugés par l'empereur lui-même, auquel ils appartiennent. Ils pratiquent le négoce international.
Charlemagne emploie un Juif pour rapporter de Palestine des marchandises précieuses. En 797, Isaac le juif de Narbonne est envoyé par l'empereur avec deux ambassadeurs chez Hâroun ar-Rachîd ben Muhammad ben al-Mansûr (765/809), calife abasside sunnite, qui lui remet en 801 en guise de cadeau pour Charlemagne, un éléphant blanc.
Mon ancêtre l'empereur d'Occident Louis Ier dit le Pieux (778/840), fidèle aux principes de son père, accorde une stricte protection aux Juifs en raison de leurs activités de négociants et ce, malgré les accusations de l'évèque de Lyon, Agobard (769/840) hostile à la communauté juive de Lyon . Le comportement de l'évêque pousse cependant les Juifs à émigrer vers Arles et les cités du Midi.
Au VIIIème siècle, le commerce entre l'Occident et l'Orient ne se fait plus que par les négociants juifs, seuls liens entre l'Islam et la Chrétienté après la conquête de l'Espagne par les Arabes.
Les marchands juifs de la vallée du Rhône, Juifs dits radhanites, grands voyageurs, hommes de profonde culture, parlant de nombreuses langues, maintiennent le contact entre l'Orient et l'Occident.